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Interview

Wolter: «L’État-CSV est une chimère»

Michel WolterLe président du Parti chrétien-social, Michel Wolter, qui a présenté samedi les 60 candidats CSV, répond dans la foulée aux critiques qui fusent de la part des Socialistes. Il rappelle avant tout, comme le Premier ministre l’a fait dans son discours lors du congrès électoral de samedi à Ettelbruck, que les Socialistes étaient embarqués dans le «même bateau». Geneviève Montaigu a posé les questions pour Le Quotidien.

Les Socialistes se targuent d’un bilan plutôt positif et n’hésitent pas à tancer le CSV qui, selon eux, n’a pas bien fait ses devoirs ces quatre dernières années, qu’en pensez-vous?

Il y a deux choses à dire à ce sujet. D’abord on ne gouverne pas seul mais à deux et s’il y a un bilan à dresser, il appartient au gouvernement de le faire mais pas à l’un ou à l’autre parti de la coalition. Deuxièmement, nous avons déjà eu ce scénario par le passé, comme l’a rappelé le Premier ministre dans son discours (NDLR : samedi matin à Ettelbruck). Ce n’est pas la première fois que l’on voit la fin d’un cycle chez les Socialistes qui essaient de se démarquer d’une politique qu’ils ont menée avec le CSV. Notre attitude est totalement différente, nous dressons un bilan globalement positif de l’action gouvernementale de ces dernières années et comme nous sommes en période de campagne électorale, nous allons nous appliquer à développer des idées pour l’avenir qui puissent répondre aux attentes de la population.

Oui, mais le LSAP, exemples à l’appui, tente de démontrer que les ministères qu’il occupe ont mieux travaillé que ceux détenus par le CSV…

Je leur laisse volontiers ce sentiment…(sourire)

Votre parti est le seul à n’avoir pas livré de bilan de l’année parlementaire écoulée, pourquoi?

Le bilan parlementaire du CSV est en train de se faire. Nous avons été très occupés par ce „court-circuit“ (NDLR: la dissolution de la Chambre) mais nous sommes en train de faire le bilan de ces quatre dernières années et nous allons le présenter au début du mois de septembre.

Cela fait deux fois maintenant, depuis la séance à la Chambre des députés du 10 juillet, que vous vous vantez de l’afflux de nouvelles cartes de membres. Est-ce si exceptionnel?

Oui, en général nous en avons environ deux par semaine et là nous en sommes déjà à quelque 150 en moins de trois semaines. Ce sont des gens qui nous ont téléphoné pour dire leur désaccord avec les trois partis qui ont maltraité le CSV et le Premier ministre. Cette image ne correspond pas à celle qu’ils se font de la politique. Nous avons même eu des personnes qui se sont portées spontanément candidates aux élections, des gens de notre giron, naturellement, mais qui jusqu’à présent ne voulaient pas s’engager sur une liste.

Vous perdez des poids lourds de votre parti pour ces prochaines élections. Est-ce préjudiciable?

Disons que c’est un changement, mais ces dernières années nous avons eu une rotation beaucoup plus importante qu’on ne le pense. Nous n’avons plus que 9 mandataires qui ont une ancienneté supérieure à 10 ans. Le parti s’est réorganisé, il s’est rajeuni ces deux dernières années avec Serge Wilmes et Tessy Scholtes qui sont entrés au Parlement. Évidemment, quand Marie-Josée Jacobs s’exprimait, ou François Biltgen ou encore Fernand Boden, chacun les identifiait au CSV. Mais il y a une volonté du parti de rajeunir les troupes et les arrivées de Marc Spautz ou de Martine Hansen au gouvernement le prouvent. Le CSV n’hésite pas à donner sa chance à une autre génération.

Le fait d’organiser un seul congrès électoral réunissant les quatre circonscriptions, c’est pour donner une idée de masse?

Disons que c’était mieux d’un point de vue pratique car nous n’avons pas voulu organiser quatre manifestations différentes et deuxièmement, nous avons ressenti cet élan au lendemain de la discussion du 10 juillet à la Chambre des députés car nous avons eu près de 800 personnes qui sont venues à notre fête d’été à Hesperange. Nous avons eu l’idée alors de mettre sur pied le plus grand congrès d’un parti jamais organisé jusqu’à présent. Avec 1000 personnes ou peut-être plus, c’est bien le plus grand congrès politique organisé au Grand-Duché. Et on sent une volonté exprimée de s’impliquer dans la campagne avec beaucoup de gens désireux de donner un coup de main au parti. Les gens sont gonflés à bloc car ils ont vécu comme une injustice la manière dont le Premier ministre a été traité. Cela les a révoltés de voir comment on a essayé de sortir le CSV du gouvernement. Ils ne l’acceptent pas et pensent au contraire que notre parti a bien servi la cause du pays ces dernières décennies. Ils veulent clairement que le CSV reste le parti le plus important.

Quelle est votre définition de la responsabilité politique?

À quel niveau?

Par exemple celle de Jean-Claude Juncker dans l’affaire du SREL…

Il a pleinement assumé sa responsabilité par un long discours à la Chambre où il a rétabli quelques vérités parce que dans le rapport de la commission d’enquête il y avait des choses fausses. Ces événements qui se sont produits de 2004 à 2008, il a su les replacer dans leur contexte et il a pu montrer ce qu’il a entrepris depuis 2010, lorsqu’il a eu connaissance des faits et il s’est excusé pour les cas où il a le sentiment de n’avoir pas assez bien agi. Mais soyons honnête et regardons ce qu’il se passe aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en France, où des discussions ont lieu sur le fonctionnement des services secrets. Personne n’a demandé la démission de Barack Obama que je sache!

Et quid des mesures disciplinaires?

Il a avoué avec le recul qu’il aurait pu agir d’une manière différente mais à cette époque, en 2008-2009, il a estimé, peut-être à tort, que les charges n’étaient pas suffisantes. Mais il a informé les membres de la commission de contrôle du SREL et personne n’a rien exigé de plus. Ce n’est que trois ou quatre ans après que l’on commence à s’exciter sur des faits dont on a eu connaissance bien plus tôt. La commission de contrôle avait connaissance de l’existence des fichiers depuis 2004, rappelons-le!

Pourquoi est-ce que les Socialistes décident-ils aujourd’hui de se retourner contre leur partenaire du gouvernement ? Les Jeunes Socialistes ou les médias y sont-ils pour quelque chose?

Il est clair qu’il y a des tensions considérables à l’intérieur même du Parti socialiste avec l’ancienne garde qui se voit menacée par des nouveaux venus. Mais c’est récurrent chez les Socialistes, ça arrive tous les dix ou quinze ans. Mais cette explication est trop facile. Tout a commencé avec l’affaire Livange-Wickrange qui, en fin de compte, a été retirée du circuit quand la police a repéré ceux qui en étaient à l’origine, des personnes proches du DP. Puis il y a eu cette affaire Cargolux où je ne vois pas où le ministre Luc Frieden a commis une erreur alors qu’il a seulement essayé, avec les ministres socialistes, de trouver un partenaire pour une société qui n’en avait pas depuis 2002. Nous avons l’impression que les autres composantes politiques ont essayé d’abattre le CSV et un certain nombre de ses principaux représentants comme le Premier ministre, le ministre des Finances, moi-même, président du parti. Certains pensent que le CSV est là depuis trop longtemps et ils veulent prendre le pouvoir. Nous pensons que c’est à la population de décider cela et les élections ne nous font pas peur car tout repose entre les mains de la population.

Le CSV-Staat (l’État-CSV), est-ce une réalité pour vous comme il peut l’être pour de nombreux observateurs?

Non. Le CSV-Staat c’est une chimère. Pour moi il n’existe pas. On ne peut quand même pas en arriver à un point où être membre du CSV interdirait toute promotion et priverait de tout droit. J’essaye de faire le raisonnement inverse. Beaucoup de membres d’autres partis reçoivent des nominations, il faut être clair sur ce point. Nous pensons que c’est au mérite que doivent s’opérer les nominations et non pas à la carte du parti politique, c’est notre plus profonde conviction.

Quand vos adversaires accusent le CSV d’avoir dilapider les deniers publics au cours de ces dernières décennies, qu’avez-vous envie de leur répondre?

Le CSV n’a jamais distribué tout seul. Nous n’avons jamais dirigé le pays seuls mais avec un partenaire de coalition qui, au moins à cette époque-là, était d’accord de le faire. Vous savez que quand l’État a les poches pleines, il y a beaucoup de revendications. Dans les années 2000/2001/2002 où on avait des excédents de budget de l’ordre de 12 à 14%, j’ai moi-même plaidé pour la création d’un fonds mais il n’a pas été accepté, ni par mon parti, ni par les Socialistes et les Libéraux. Il faut pouvoir gouverner de manière continue avec les moyens dont nous disposons. Actuellement, nous en avons moins donc il faudra des réajustements. La politique ce n’est pas seulement dépenser mais aussi épargner et d’aucuns ont des problèmes avec ce dernier point. Les Socialistes ont du mal à se rappeler qu’ils étaient dans le même bateau.

À la lumière des derniers événements, alors que les Socialistes tirent à boulets rouges sur le CSV, peut-on encore imaginer une coalition noire/rouge?

Le Premier ministre a dit qu’il n’avait pas de problème avec les nouvelles élections mais avec les causes qui les ont provoquées. Sur ce point il y a un désaccord total entre les deux partis. Mais maintenant, c’est déjà du passé. Le LSAP se positionne depuis des semaines avec une tête de liste (NDLR : Etienne Schneider) qui se présente comme le futur Premier ministre, qui veut être calife à la place du calife, comme Iznogoud! Et ils parlent de renouveau. Nous avons démontré aujourd’hui (NDLR : samedi à Ettelbruck) que le renouveau ce n’est pas chez eux qu’on le voit, excepté un changement de tête de liste. Et encore, ils ont dû placer une „conscience sociale“ à ses côtés en la personne de Lucien Lux. Les Socialistes doivent donc placer un chien de garde près de leur tête de liste pour rappeler les vertus de leur engagement social. Ce n’est pas nous qui le disons, ce sont eux! Notre conception de la politique est telle qu’après le 20 octobre, il faut voir comment trouver un gouvernement stable qui puisse, pour l’avenir du pays, mener les batailles en Europe et au Luxembourg. On parle de tout aujourd’hui sauf de ce qui est nécessaire à l’avenir du Grand-Duché. Le choix du gouvernement se fera sur un programme commun sans exclure le Parti socialiste par simple esprit revanchard. Je le répète, c’est le contenu qui doit primer, pas les têtes. Et d’ailleurs les têtes chez les Socialistes risquent de changer puisque Etienne Schneider a déclaré que les ministres ne pourront pas faire plus de deux mandats ministériels donc si j’ai bien compris, c’est terminé pour Jean Asselborn, Mars Di Bartolomeo et Nicolas Schmit et deux des trois sont têtes de liste pour leur circonscription. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

En parlant du ministre Nicolas Schmit, ce dernier a déclaré à Mertert vendredi soir, lors du congrès électoral de l’Est, qu’il avait été victime d’un complot dans l’affaire de son fils qui avait eu maille à partir avec la police. Un complot visant à le déstabiliser après ses vives critiques contre le plan d’austérité présenté par Luc Frieden…

Je ne sais pas de quoi il parle mais il n’y a pas eu de complot de la part du CSV. La seule chose que je sais c’est que le Premier ministre a défendu bec et ongles Nicolas Schmit à la Chambre des députés. C’est donc tout le contraire.

(Source: lequotdien.lu)

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