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Interview

Tanson: «Heureusement que le contre-pouvoir est encore en place»

Sam Tanson Dans un entretien avec Le Quotidien, Sam Tanson, présidente de déi gréng, se dit choquée par certaines déclarations du Premier ministre et aimerait que les mentalités changent. Elle souhaite, entre autres, que le futur gouvernement pense un concept global pour les énergies renouvelables. Parmi les thèmes du programme électoral des verts: le renouvellement des institutions et la démocratie. Geneviève Montaigu a posé les questions.

L’opposition n’est pas allée au bout des choses en ne votant pas la motion de défiance envers le gouvernement et aujourd’hui une partie de la population pense que les députés ont voulu préserver leurs salaires, raison pour laquelle ils ont rejeté d’une seule et même voix l’avis du Conseil d’État qui s’opposait à une dissolution différée. Comment réagissez-vous?

C’est agaçant. Le Premier ministre, dans sa rhétorique habituel, a laissé planer le doute le 10 juillet. En tout cas, il a persuadé toute l’assemblée que le gouvernement allait démissionner, en montant à la tribune pour déclarer qu’il allait proposer au Grand-Duc d’organiser de nouvelles élections. Personne, à cet instant, n’imaginait le contraire. Quant à l’avis du Conseil d’Etat, je reste sceptique. Franchement, quand je vois que le gouvernement organise tous les jours des conférences de presse et dépose des projets de loi, je trouve totalement justifié d’avoir encore ce contrepouvoir qu’est la Chambre des députés en place jusqu’aux prochaines élections.

Vous avez voté un accord avec les autres partis fixant les règles de conduite pendant cette campagne électorale. En êtes-vous satisfaite?

Pour 1’affichage, je trouve que cet accord ne va pas assez loin. Nous avions déposé une proposition de loi l’année dernière (NDLR: François Bausch, en janvier 2012) après avoir constaté une pollution visuelle lors des dernières élections communales. Il y avait des affiches sur tous les lampadaires de la ville de Luxembourg et il fallait freiner cette tendance. Raison pour laquelle nous voulions que l’affichage soit limité aux panneaux autorisés par les communes. Nous avons, ensemble avec le LSAP, fixé un rendez-vous avec les autres partis afin de trouver un accord sur ce point, ainsi que sur la campagne électorale en général. Concernant la question des panneaux, nous avons seulement réussi à réduire de 10 le nombre de très grands panneaux. Ce qui nous donne 140 panneaux cette année, contre 150 lors des dernières élections, et nous trouvons cela dommageable. Malheureusement, aucun accord n’a pu être trouvé sur la question du lieu d’affichage, qui reste dès lors libre, alors que d’autres partis comptent sur cette stratégie de communication qui est de coller des affiches partout! Mais des concessions ont pu être obtenues sur les autres points.

On parle de campagne équitable, mais on sait que les grands partis peuvent compter sur des organes de presse qui les soutiennent de façon intense. Comment s’en sortent les verts dans tout ça?

Malheureusement, entre la première et la deuxième réunion relatives à cet accord, nous avons constaté que pour la présentation des listes, il y avait une différence de traitement entre les partis proches des journaux en question et le nôtre. Dans l’un d’eux, nous avons juste eu droit à la présentation de nos quatre listes sans photo et le parti „ami“ avait droit à une énorme photo par circonscription. La présentation de notre liste était vraiment minimaliste par rapport au pourcentage de voix que nous avons. Ce sont des choix éditoriaux des journaux, d’accord, mais nous avons estimé que sur cette base-là nous ne pouvions pas nous restreindre aux médias qui pouvaient nous donner la parole et nous avons émis le souhait de pouvoir mener une campagne dans les médias audiovisuels en dehors de la campagne officielle qui accorde 14 minutes par parti.

Pour un candidat, quelle est l’importance, selon vous, des réseaux sociaux que sont Facebook ou Twitter?

Il faut savoir que ces réseaux ont leur limite et il s’agit d’un autre public. C’est autre chose de bénéficier d’une couverture médiatique que de faire sa propre promotion sur les réseaux sociaux.

Avez-vous déjà ficelé votre programme électoral?

Nous avions déjà commencé les travaux avant l’annonce des élections anticipées, mais tout a été précipité. Nous voulions ouvrir le dialogue avec le citoyen, mais c’est devenu impossible vu les délais trop brefs. Notre procédure veut que nous votions d’abord pour le programme et ensuite nous présentons la liste des candidats pour qu’ils puissent s’identifier à notre programme, mais tout a été chamboulé. Samedi dernier (NDLR: le 27 juillet), nous avons finalisé la version de notre programme qui sera envoyée à tous les membres en septembre en vue de notre congrès à la rentrée.

Pouvez-vous déjà nous en dévoiler les grandes lignes?

Nous avons quatre grands chapitres. Le premier chapitre est un peu nouveau dans le programme électoral, mais c’est l’actualité qui guide ce choix, puisqu’il porte sur la démocratie et le renouvellement des institutions. Il fallait que l’on se positionne sur ce thème qui sera récurrent lors de cette campagne. Nous y traitons de la nécessité d’avoir un code de déontologie pour tous les politiques et les fonctionnaires. Nous prônons la limitation des mandats de ministre à deux périodes successives, tout comme la réforme du Conseil d’Etat, que nous souhaitons depuis des années. Puis, nous avons deux chapitres où le développement durable et l’écologie sont à chaque fois sous-jacents dans des thèmes comme l’économie, le travail ou la mobilité et le vivre ensemble. Enfin, nous avons un dernier chapitre sur l’Europe.

Pas plus de deux mandats successifs à un poste ministériel, c’est également ce que plaide la tête de liste des socialistes, Etienne Schneider. Dix ans c’est suffisant, selon vous, et pourquoi?

Personnellement, je trouve que oui. Dix ans, c’est une longue période et ce qu’on n’a pas réussi à faire en dix ans, on n’arrivera pas à le faire en 15 ou 20 ans. C’est une très bonne idée de limiter ces mandats.

Dans le domaine environnemental, les gouvernements successifs vous ont-ils donné quelques satisfactions?

Quand on parcourt le bilan qui a été dressé par le Mouvement écologique sur le travail du gouvernement, ce n’est pas brillant. Il reste énormément de choses à faire et en tout premier lieu en termes de mobilité. La situation est catastrophique. On discute depuis 30 ans d’un tram et nous apprenons aujourd’hui que le projet de loi est prêt à être déposé en automne. Le problème de l’énergie est également important et nous sommes loin d’aboutir à quelque chose de concret dans ce domaine. Le ministère du Développement durable devrait se retrousser les manches et s’activer. Dans le même ordre d’idées, nous avons besoin d’un concept global sur toutes les énergies renouvelables et c’est ce qui fait défaut actuellement.

Le droit de vote pour les étrangers est un sujet qui vous tient à cœur également. La population est-elle prête à franchir ce pas, selon vous?

Je me rappelle le sondage qui a été réalisé il y a quelques mois et qui affichait un résultat de 50/50. Donc, je retiens que la moitié de la population est consciente que le pays souffre d’un réel déficit démocratique. C’est aux partis de l’expliquer, bien sûr. Dans certaines régions du pays, nous avons plus de la moitié de la population qui n’a pas le droit d’aller voter, ce n’est pas digne d’une démocratie. Et ces non-votants sont des décideurs économiques et des gens qui contribuent à la richesse du pays comme à notre système de sécurité sociale. Serait-il donc grandement temps de changer les mentalités du pays? Oui, il nous faut un changement de mentalité.

J’ai été choquée aussi bien par les réactions lors du débat sur le vote de défiance envers le ministre Luc Frieden que par celles concernant le rapport de la commission d’enquête sur le SREL. Je pense que les politiques ne se rendent plus compte que le mandat qu’ils ont reçu est limité dans le temps et qu’il n’est pas attribué à vie. Une démocratie c’est en fait une délégation de pouvoir pendant cinq ans et il faut agir par rapport à cela et pas par rapport à ses intérêts personnels.

Je reviens sur l’affaire Frieden pour dire toute ma déception, car il n’a pas reconnu la moindre faute, même la plus légère. Et son parti l’a soutenu. Je trouve cela étrange pour le juriste confirmé qu’est Luc Frieden.

Idem pour Jean-Claude Juncker qui a répondu à des critiques que nous ne lui avons pas formulées. Une de ses déclarations les plus choquantes à mes yeux était de dire que c’est tout à fait normal d’aider la personne dont il est le parrain du fils! Je vis peut-être dans un autre monde, mais non, ce n’est pas normal. On recommande quelqu’un parce qu’il est compétent, pas parce qu’on est parrain de son fils.

On est arrivé à un point où plus personne n’est choqué par ces pratiques et, pire encore, par ce genre de déclaration à la tribune de la Chambre. C’est bien le signe le plus flagrant qu’un changement des mentalités s’impose, et d’urgence.

Vous parliez d’un code de déontologie pour les fonctionnaires. L’impunité fait-elle partie des pratiques qui vous irritent?

J’ai entendu récemment à la radio qu’un policier se plaignait d’être sous le coup d’une procédure disciplinaire parce qu’il avait osé critiquer publiquement les différences de carrières au sein de la police. Et d’un autre côté, on a un Pierre Reuland, ancien directeur général de la police grand-ducale, soupçonné d’avoir fait entrave au bon fonctionnement de la justice et qui s’apprête à prendre sa retraite. Tout est dit.

Repères

État civil: Sam Tanson est née le 4 avril 1977, elle est mère de deux enfants.

Études: Elle étudie le droit à l’université Paris I Panthéon Sorbonne où elle obtient sa maîtrise en 2000. Elle est également diplômée de l’institut d’études politiques de Paris (2002).

Journaliste: Après ses études, elle se lance dans le journalisme, elle exercera à RTL Radio Luxembourg de 2002 à 2004.

Avocate: Sam Tanson quitte le journalisme pour se tourner vers une carrière d’avocate. Elle prête serment le 12 mai 2005 et s’inscrit au barreau de Luxembourg.

Politique: En 2005, elle rejoint le parti déi gréng dont elle est l’actuelle présidente. Elle avait été porte-parole de déi jonk gréng de 2006 à 2008.

(Source: Le Quotidien du 05/08/2013)

Diskussionen

Ein Gedanke zu “Tanson: «Heureusement que le contre-pouvoir est encore en place»

  1. „Franchement, quand je vois que le gouvernement organise tous les jours des conférences de presse et dépose des projets de loi, je trouve totalement justifié d’avoir encore ce contrepouvoir qu’est la Chambre des députés en place jusqu’aux prochaines élections.“

    Do ass awer eng besschen dënn Begrënnung. Et brauch een dach kee Parlament wéint Pressekonferenze vun der Regierung. A wann d’Chamber opgeleist ass, ka jo och kee Gesetz méi déposéiert ginn, respektiv doduerch dat ee Gesetz deposéiert ass, ass et nach net a Kraaft. Keng Chamber kee Gesetz! (Bon, ee Règlement Grand-Ducal kéint et nach ginn…)

    Verfasst von Lucien Schilling | 06.08.2013, 13:27

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