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Interview

Xavier Bettel: «J’apprécie beaucoup Etienne Schneider»

Xavier BettelXavier Bettel, président du Parti démocratique (DP), veut une campagne honnête qui consiste surtout à dire la vérité aux électeurs sur la situation économique et financière du pays. Il se réjouit que le DP ait présenté des listes harmonieuses. Composées de candidats qui ont envie de changer la politique de ce pays, comme il le souligne. C’est également le souhait de son concurrent, Etienne Schneider, tête de liste des socialistes, que Bettel dit beaucoup apprécier dans une interview avec Le Quotidien le lundi. Geneviève Montaigu a posé les questions.

Vous avez dévoilé vos quatre listes, jeudi dernier. Était-ce une tâche facile de les composer?

Je me suis vraiment occupé des listes pour la première fois, car je n’étais pas président de parti auparavant et pas toujours dans le secret. En 2004 et en 2009, on m’avait consulté, mais je n’étais pas responsable du gros des listes. Je me suis surtout occupé de la liste du Centre et j’ai eu beaucoup de gens qui étaient partants. Ils m’ont dit clairement que si j’avais besoin d’un coup de main, ils étaient prêts. Mais je pensais quand même que c’était plus facile que ça de faire une liste et je suis conscient que des gens sont aujourd’hui déçus de ne pas y figurer, mais on doit faire un choix et 21, ce n’est ni 22 ni 23! C’est une liste d’équipe et elle est très soudée. D’abord, on discute à deux ou trois personnes, membres du bureau exécutif, et on fait un premier tour, on tâte le terrain et on essaye de composer quelque chose d’harmonieux. Je suis très content du résultat. Les listes ont été adoptées à l’unanimité, moins une seule voix, et le plus jeune a 18 ans, le plus vieux, 67.

Lors de ce même comité directeur, vous avez décidé de la manière de mener cette campagne qui sera très courte. Que pouvez-vous déjà nous dire à ce propos?

On a vu les grands axes de notre campagne effectivement. On a surtout discuté du contenant et le contenu, qui est notre programme, est encore en cours d’élaboration. Chaque jour on écrit un nouveau chapitre et ce sera un gros programme. Quant à la campagne, elle sera honnête et axée sur l’avenir, car il est important de dire aux gens aujourd’hui qu’il faut penser à demain. Si on veut avoir une relance économique, une réduction du chômage, il faut voir ensemble ce qu’il est possible de faire avec les moyens du bord. Je ne veux pas d’une campagne qui soit une surenchère de promesses. Le premier qui ose faire des promesses inconsidérées, je le dénoncerai! Nous sommes aujourd’hui dans une situation où il est important d’être honnête et de dire aux gens que les promesses de donner encore plus, c’est tout simplement irréaliste. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou et on sera ouvert à toutes les discussions. Le programme est très large, de l’éducation à l’environnement, en passant par le gros chapitre de l’économie et du chômage, le logement, la justice, la sécurité, etc.

Etienne Schneider, tête de liste des socialistes, est souvent présenté comme un candidat libéral. Avez-vous le sentiment qu’il marche sur vos plates-bandes?

Etienne Schneider est quelqu’un que j’apprécie beaucoup et je le trouve très courageux. La question que je me pose est celle-ci: Etienne Schneider représente-t-il bien le LSAP? Il est tête de liste pour le LSAP, mais je ne suis pas certain que les sympathisants socialistes s’identifient tous à ses idées. Maintenant, ce qui m’agace, c’est d’entendre dire qu’être libéral c’est forcément être antisocial. On peut être social et libéral, et je pense qu’Etienne Schneider aurait très bien pu être candidat pour le DP, il n’est pas dogmatique au point de rejeter toutes les idées provenant du patronat. Il sait lire les chiffres et voit aujourd’hui qui crée des emplois, et qui peut aider le pays à s’en sortir. Il m’est plutôt sympathique pour sa vision de la politique économique, mais encore une fois, je le répète, son parti le suivra-t-il? J’attends de voir le programme du LSAP.

Vous dites qu’être libéral ce n’est pas être antisocial, mais Etienne Schneider dit lui-même s’être doté d’une conscience sociale en la personne de Lucien Lux. Qu’en pensez-vous?

Je pense qu’il n’a pas besoin de conscience sociale. C’est bien, d’un côté, de dire qu’on est dans un parti qui a différentes composantes. La ligne de Bettel n’est pas la ligne du DP, c’est la ligne du DP à laquelle Bettel peut s’identifier. Ce n’est pas parce que je suis devenu le président, que toute la ligne du parti va changer et c’est la même chose pour les socialistes. Je répète qu’Etienne Schneider est quelqu’un que j’apprécie énormément, mais je veux d’abord voir leur programme. Le LSAP dit déjà qu’il a de grandes différences avec nous sans savoir, à l’heure actuelle, ce qu’on veut faire.

Comment définiriez-vous la conscience sociale du DP?

Elle est grande. Personnellement j’ai eu la chance d’être échevin pendant six ans en charge de la politique sociale, ce qui permet de voir l’importance d’une politique sociale. Je ne supporte pas d’entendre dire que les libéraux représentent simplement le parti des patrons et des gens qui ne connaissent aucun problème social. Je suis heureux de voir que nous avons beaucoup de membres qui viennent de milieux non favorisés et qui sont prêts à s’engager à nos côtés, car nous sommes le parti de ceux qui disent qu’on ne veut pas créer de l’assistance pour de l’assistance. Ceux qui ne peuvent pas, on doit les aider, mais il y a aussi ceux qui ne veulent pas et ces derniers je ne suis pas prêt à les aider. Je suis dur à ce niveau-là. Les gens doivent comprendre que c’est en faisant quelque chose, en travaillant que l’on arrive à construire quelque chose.

Comment distinguez-vous ceux qui ne veulent pas de ceux qui ne peuvent pas?

Personnellement, je crois que quand on est chômage, on doit comprendre qu’il n’y a pas de sot métier. On doit motiver les gens à aller travailler et quand je vois certaines personnes faire des calculs et conclure que le chômage n’est pas plus défavorable que l’emploi, il y a quelque chose de pervers. Nous avons besoin d’une Agence pour le développement de l’emploi où l’on ne doit pas avoir une personne de contact: nous avons besoin d’un contact avec une personne et qu’il soit permanent. Nicolas Schmit nous a dit qu’il fallait une nouvelle direction, mais je ne sais pas si cela suffit pour dire aujourd’hui que l’Adem marche tellement mieux. Il faut réformer cette agence qui doit devenir une maison de l’emploi et pas une maison du chômage.

Le DP avait voté contre la réforme de l’Adem, qui était pourtant destinée justement à mieux encadrer le chômeur et à moderniser l’outil…

Oui, pour nous la réforme n’allait pas assez loin. Il faut que le chômeur n’ait pas cet automatisme de se dire: „Je dois aller pointer“. Dans sa tête, ce doit être: „Je vais voir si je peux trouver quelque chose pour mon avenir“ et pas: „J’ai besoin d’un tampon sur ma fiche“! Le social ne doit pas tuer le social et c’est ce qui arrive quand le social est plus intéressant que le travail. Il ne faut jamais oublier que si on peut faire du social aujourd’hui, c’est parce que l’on produit encore de la richesse, mais le jour où nous n’aurons plus d’argent pour payer, nous ne pourrons plus faire de social. Il faut faire attention aux effets pervers.

L’indexation automatique des salaires sera un des grands thèmes de cette campagne…

Je ne suis pas du tout contre l’index. Il faut être conscient que 30 ou 40 euros de plus par mois pour certaines personnes, c’est énorme. Pour certains, c’est aller boire un verre et manger une pizza, mais pour d’autres, cela représente un demi-chariot de courses au supermarché par semaine. Quand on me parle de plafonnement de l’index, ça sert à quoi? À dire que les gros salaires auront moins? Mais l’économie réalisée est toute petite, et ce n’est pas la solution. Ce qu’il faut, c’est revoir le panier de l’index et sortir le tabac de ce calcul. On ne peut pas augmenter un salaire parce que le paquet de cigarettes augmente! Et ensuite, il faut limiter le versement à une tranche par an. Deux tranches par an, une en juin et l’autre en septembre, ça fait très mal pour les patrons en termes de charges sociales. On doit se dire qu’en période de crise, il faut le limiter. Il faut revaloriser le point, conclure des accords salariaux. En Allemagne, par exemple, il n’y a pas d’index. Mais les syndicats, quand ils vont négocier, ils demandent une augmentation de 4 ou 5 %. Je préfère avoir chaque année une petite augmentation, mais une seule par an, pas deux. Le plafonnement dont on parle au Luxembourg sera encore préjudiciable pour les classes moyennes. Quand on est en crise, il faut avoir un effort collectif et arrêter de se dresser les uns contre les autres. Ce n’est pas sain.

François Biltgen et Octavie Modert ont conclu des accords avec la fonction publique…

Oui, ils ont négocié avec la fonction publique une augmentation des salaires, mais le problème, c’est que l’on ne peut pas dire le matin qu’on augmente les impôts et l’après-midi dire qu’on augmente les salaires des fonctionnaires, car c’est mettre le pays à feu et à sang! L’innovation, la recherche, la logistique, ce sont les bonnes pistes pour relancer l’économie dans le pays, selon vous?

On ne peut exclure aucune piste. Nous sommes dans un pays qui est tributaire de sa place financière et on ne peut pas se permettre de faire les difficiles en disant que l’on préfère telle piste plutôt qu’une autre. On doit se réjouir du moindre investissement fait au Luxembourg qui crée de l’emploi. Actuellement, les gens ne ressentent pas la crise.

Elle est pourtant bien là, puisque l’État a emprunté 2 milliards récemment pour rembourser sa dette. C’est un mauvais signal?

Oui, bien sûr! J’aimerais qu’on dise aux gens quelle est la véritable situation financière de ce pays et c’est pourquoi je veux une campagne honnête. L’État a emprunté 2 milliards comme ça, d’un claquement de doigts! Et les médias ont tous fanfaronné en disant que le Luxembourg ce n’était pas Chypre ou le Portugal et que le pays ne connaissait aucun problème pour obtenir des prêts. Mais se demander qui va rembourser cet argent, ce n’était pas la question. C’est pourtant la seule qui doit être posée actuellement…

(Source: lequotidien.lu)

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