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Interview

Sven Clement: «Le Parti pirate est plus libéral que le DP»

Sven ClementSven Clement, président du Parti pirate et tête de liste au Centre, représente incontestablement une nouvelle génération de politiciens. Il se déclare davantage visionnaire que révolutionnaire et prétend que si les politiques avaient pris conscience du changement de l’ère analogique vers l’ère digitale, le Parti pirate n’existerait pas aujourd’hui. Il prône les libertés individuelles à tous les étages, l’abolition des droits à la propriété intellectuelle et des brevets industriels. Geneviève Montaigu l’a interviewé pour Le Quotidien.

Qu’est-ce qui vous a décidé à fonder le Parti pirate?

Après les élections législatives de 2009, j’ai été très déçu par la politique actuelle. Nous avons trouvé un Parti chrétien-social encore plus fort que jamais, et les socialistes, qui avaient perdu des voix, se déclaraient malgré tout vainqueurs. J’avais déjà navigué sur internet pour me renseigner sur le Parti pirate, dès juillet 2009, et nous avions réussi à rencontrer deux députés en Suède, là où est né le Parti pirate en 2008. Quand ces deux députés ont été élus au Parlement européen en mai 2009, j’ai voulu créer le parti au Luxembourg. Au départ, c’était pour revendiquer une réforme de la propriété intellectuelle, les droits d’auteurs et les brevets pour les citoyens numériques. Nos droits en la matière datent d’une ère analogique. Et chacun de nous commet chaque jour des infractions aux droits d’auteurs. Par exemple, copier de la musique achetée via un CD vers son téléphone portable est interdit. Il manque un règlement grand-ducal qui n’existe toujours pas à notre époque!

Vous avez donc décidé de créer un parti plus en phase avec la réalité. Est-ce à dire que les partis actuels ne se sont pas rendu compte du changement?

Nous avions des revendications digitales et aucune représentation politique pour les accompagner. Il fallait donc que l’on participe à la politique, c’était très clair pour nous car ce monde virtuel, effectivement, n’est pas représenté en politique réelle. La politique n’a pas réalisé tout ce que ça englobe. La politique est faite par des hommes en costume-cravate. Des gens d’une autre ère, et ceci est valable aussi pour les verts qui existent depuis 30 ans. Une génération, c’est environ 16 ans. Je parle des verts, car ils se définissaient comme un parti jeune et avant-gardiste, mais on ne voit pas cette génération des 18-30 ans. Nous avons toujours les mêmes candidats, 30 ans après. Si ces partis avaient compris, il y a 10 ans, l’importance de l’ère numérique, les pirates n’existeraient pas aujourd’hui. Mais il y a un besoin pour les jeunes d’expliquer aux députés actuels comment ça fonctionne.

Avez-vous l’impression que les jeunes générations s’intéressent plus à la politique aujourd’hui qu’avant?

Oui et non. Je pense qu’il faut une cause, quelque chose qui cloche et qu’on souhaite changer. Ce n’est plus cette revendication de changer la société, comme en mai 68. Les jeunes sont plus conservateurs, mais ils veulent adapter les lois, et c’est éloigné de l’aspect révolutionnaire. Les jeunes désignent clairement les lois qu’ils veulent changer. Je prends l’exemple de l’ACTA (NDLR : l’accord commercial anticontrefaçon) qui a mobilisé des centaines de jeunes au Luxembourg parce qu’ils étaient directement concernés par l’échange de culture sur internet. Mais si je prends l’exemple de la nouvelle loi sur les pensions, elle n’a pas intéressé les jeunes, car ils se sont dit qu’ils ne toucheraient plus de pension dans 40 ans! Alors qu’ils auraient dû prendre la réforme très au sérieux. Je pense que la jeunesse est dans une phase de résignation à cause de nos politiques qui sont toujours les mêmes. Ils ont l’impression de ne pas être pris au sérieux, alors pourquoi s’engager en politique? Cependant, nos listes, avec un âge moyen de moins de 30 ans, démontrent le contraire.

Vous dites que les jeunes ont moins ce désir de révolution que les soixante-huitards à l’époque, mais ne trouvez-vous pas que votre programme a quelque chose de révolutionnaire?

Je pense qu’il faut être utopiste pour faire de la politique. C’est important d’avoir une certaine forme d’utopie pour réaliser les choses. Quand les socialistes revendiquaient la semaine de 40 heures et un salaire social minimum, c’était utopique au départ. Ceux qui ont vécu la création des partis libéraux trouvaient révolutionnaire de revendiquer un État laïque. Les verts ont revendiqué une société qui préserve l’environnement, c’était tout aussi utopique. Si on regarde les grandes formations, elles étaient toutes un peu utopiques à un moment donné. Un politicien allemand, dont je ne me rappelle plus le nom (il rit) a dit que „tous ceux qui ont des visions doivent aller chez le médecin“. Non, je pense au contraire qu’ils doivent aller en politique! Être visionnaire, c’est important. Dans les épisodes de Star Trek, les protagonistes sortaient des téléphones portables et c’était de la science-fiction! C’est drôle, mais aujourd’hui, on a plus de pouvoir dans la poche que tout ce que les réalisateurs de Star Trek pouvaient s’imaginer à l’époque. Mais laissons cette question aux historiens (sourire).

En parlant de nouvelles idées, vous en avez exposé pas mal dans votre programme présenté la semaine dernière, comme par exemple le revenu de base…

C’est une idéologie socio-libérale. On pense que chacun doit avoir la possibilité de réaliser sa vie, soit d’être indépendant, soit salarié, ou encore de pouvoir s’occuper de ses enfants. C’est aussi un choix de ne rien faire! Aujourd’hui, on traite celui qui touche le RMG comme quelqu’un qui ne veut pas travailler. C’est vrai pour certains, ceux-là existent aussi. Mais on dépense plus d’argent pour les attraper et les sanctionner, car les contrôles coûtent aussi de l’argent. Quand j’ai un grand magasin, je sais que j’ai une perte en produits volés. On peut contrôler les poches de chacun à la sortie du magasin, mais on ne le fait pas. Un contrôleur peut compter le nombre de brosses à dents chez un RMGiste pour savoir s’il vit seul ou pas. Et quid de la vie privée dans ce cas-là?

Mais expliquez-nous à qui s’adresse ce revenu de base, à quoi sert-il?

Il s’adresse à tout le monde. Je parle toujours de 800 euros de revenu de base parce qu’il faut donner un chiffre et nous l’avons calculé sur cette base-là. Si quelqu’un gagne plus, il va repayer par le biais des impôts ce qu’il touche en revenu de base. Je peux me dire que je veux travailler seulement 20 heures par semaine pour pouvoir faire autre chose de mon temps de libre. Si je travaille 20 heures de plus que le revenu de base, c’est confortable, du moins vivable. Mais on doit encore réfléchir sur le montant du revenu de base. Ce revenu de base permet de créer plus de liberté. Plus besoin d’aller travailler 40 heures par semaine pour survivre, et par la même occasion, on crée plus de flexibilité. Quelqu’un qui ne gagne rien d’autre engrange ces 800 euros, sans payer d’impôts. Et après, on paie des impôts sur chaque euro que l’on gagne en plus. Tout le monde, de l’enfant au retraité, touchera ce revenu de base de la part de l’État.

Comment le financer?

Nous avons plusieurs modèles. On a calculé toutes les sommes versées en allocations familiales, chômage, pensions, RMG, bref tout ce que l’État verse dans son travail social. Les allocations pour les résidents seraient directement intégrées dans ce revenu de base. Pour les frontaliers, il faut que l’on trouve encore une solution. Les caisses de pension devraient verser 800 euros de moins par retraité. Si j’ai une pension de 2 000 euros, j’aurai 800 euros par les prestations du revenu de base et 1 200 par les caisses de pension. Le revenu de base permet de faire disparaître toutes les autres formes d’allocations, car même un bébé aurait droit à ce revenu de base. Le financement se ferait par notre système d’impôt négatif.

Comment produire de la richesse si on est tenté par un système où les gens peuvent travailler moins?

On gagnerait plus en restant à la maison pour éduquer nos enfants au lieu de les placer dans d’onéreuses maisons relais, juste pour citer un exemple. On a fait le calcul avec notre système d’impôt négatif. Le revenu de base pour tous les résidents et les frontaliers, coûterait 6,7 milliards d’euros par an. C’est beaucoup pour un budget global de 11 milliards. Il faut trouver 1,5 milliard d’euros à 2 milliards, une estimation, pour mener à bien ce projet. Mais l’imposition négative annule l’avantage du salaire de base. Ceux qui gagnent plus de 8 000 ou 9 000 euros par mois vont payer plus d’impôts qu’aujourd’hui. On a un taux théorique maximal de 40 %, mais on n’a pas dépassé 36,8 % si mes renseignements sont bons.

Vous ne pénalisez pas le travail par ce système?

Non. Plutôt que d’avoir une personne à 40 heures, on peut en avoir deux à 20 heures ou on peut s’imaginer qu’on aura plus de travail dans les secteurs où on a un très haut coût de main-d’œuvre. On pourrait recréer des emplois que le Luxembourg a perdus il y a 40 ans. Cela permettrait de revitaliser l’économie luxembourgeoise. On a fabriqué de l’argent avec de l’air chaud (les banques) et aujourd’hui on veut faire une société qui fait de l’argent avec la propriété intellectuelle et c’est de l’air encore plus chaud! On crée actuellement de la richesse, mais pas d’emplois. On parle du cloud computing comme si c’était la nouvelle industrie du fer, mais les politiques n’ont aucune idée de ce qu’ils disent. Google gère 10 000 serveurs par employé! On veut peut-être créer moins de richesses, mais plus d’emplois. Le revenu de base, j’y reviens, est une garantie de pouvoir vivre. Il est temps de montrer qu’il existe une alternative. En 30 ans, le CSV a seulement créé plus de chômage et a fait disparaître une bonne partie de l’industrie, mais à part ça, on est sur la bonne voie selon le Parti chrétien-social! Et ça dure depuis 30 ans. Personnellement, je n’ai connu que Juncker et ça suffit!

Vous prônez des libertés individuelles qui vont de la liberté de porter le tchador à la liberté de manger des OGM. Avec vous, chacun pourra-t-il faire ce qu’il veut?

Oui, on est très libéral. On est plus libéral que le DP. Ce qu’on veut, c’est surtout de la transparence. On critique les OGM d’un point de vue écologique, mais Monsanto détient des brevets sur la vie. Si on les abolit, ce n’est plus intéressant pour lui de les développer. C’est éco-libéral, mais c’est le marché qui va résoudre ce problème. S’ils ne peuvent plus extorquer les paysans, leurs activités ne seront plus rentables. Ce sont des structures mafieuses. Abolissons les brevets! Quand je parle de transparence, je pense à la traçabilité de mon morceau de bœuf que j’ai dans l’assiette. Qui aurait pu croire cela possible il y a 30 ans… J’aimerais que tout soit traçable, y compris les ingrédients contenus dans ma tasse de thé. Avec un simple code-barres, je pourrais le lire avec mon téléphone portable, et savoir d’où viennent les fruits rouges qu’il contient! Je serai alors libre de le boire ou d’aller voir ailleurs si je constate que ces fruits ont été importés congelés de Russie, par exemple, et que cela ne me convient pas!

(Source: lequotidien.lu)

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