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Interview, Parteipolitik

Jean Colombera (PID): «Tous les résidents doivent décider, pas seulement les nationaux»

Jean ColomberaJean Colombera, qui a toujours combiné médecine classique et médecine naturelle, se dit médecin intégral. Aujourd’hui, le député veut une démocratie intégrale. Le Parti pour une démocratie intégrale (PID), c’est l’oeuvre de Colombera, qui a quitté l’ADR et espérait rejoindre les verts, qui n’ont pas voulu de lui. Pour se lancer dans la course, il a créé son parti politique, tout en prédisant en même temps la mort des partis. Le Dr Jean Colombera est un électron libre. Geneviève Montaigu l’a interviewé pour Le Quotidien.

Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par «démocratie intégrale» et comment elle peut s’organiser?

Par intégrale, j’entends complète. La politique traite des symptômes, comme par exemple l’indexation des salaires. Les uns la veulent, les autres n’en veulent pas, ça c’est un symptôme, et il faut traiter la cause, comme diminuer l’inflation. Et qui provoque l’inflation? C’est l’Etat. L’augmentation des prix découle de décisions qui sont mauvaises. Il faut trouver la racine du mal et c’est ça la politique intégral. L’index est le remède d’une mauvaise politique. C’est comme le mal de tête, on prend de l’aspirine, mais la cause peut être multiple, c’est peut-être votre intestin qui ne fonctionne pas bien. Pareil pour l’index, il faut trouver la cause.

Vous avez étudié les causes du mai? Vous avez des réponses?

Je peux commencer avec la culture politique. On va voter tous les 5 ans pour des politiciens qui ont un programme A. Mais au bout du compte, nous avons des coalitions qui s’installent avec deux listes qui nous proposent non pas un programme A ou B, mais un programme A/B et cela ne correspond plus à ce que les gens ont choisi.

On fait des lois et elles sont soit bonnes soit mauvaises car la coalition aura toujours le dernier mot. Un ministre qui dépose un projet de loi à la Chambre des députés sera toujours suivi. Prenez l’exemple de la loi sur l’avortement. Le CSV voulait introduire deux consultations pour la femme et le LSAP une seule. Au final, nous avons eu une espèce de mélange des deux qui n’est pas sain du tout. Il faudrait donc éviter les coalitions.

Comment voulez-vous éviter les coalitions?

En donnant la chance à chaque parti qui dispose d’élus d’être représenté dans le gouvernement. Dimanche prochain, si on vote et qu’on obtient 25% de CSV, 20% de LSAP, 18% de verts, etc., il faut donner des ministères à chacun des partis proportionnellement à leurs résultats. Si un ministre débarque avec un projet de loi qui ne satisfait pas tout le monde, il repart le travailler et revient avec un projet qui sied à chacun. C’est déjà obtenir plus de démocratie. Et encore, ce n’est pas au ministre de proposer une loi, ce sont les députés qui devraient avoir cette prérogative. Il y aurait déjà plus de démocratie qui s’installerait.

En fait, les gens doivent plus se parler, et pas seulement tous les cinq ans. Les députés, une fois qu’ils sont élus, vous ne les voyez plus, ils font ce qu’ils veulent dans leur coin et c’est là que le bât blesse. Le peuple doit donner son opinion et pour cela, il doit être informé et pas seulement en partie. Quand il est bien au courant d’un sujet, alors on passe au référendum.

Le référendum existe déjà au Luxembourg, le peuple a la possibilité den réclamer un…

Oui, mais ici, il faut 25 000 signatures pour obtenir un référendum, et nous sommes 500 000 habitants. En Suisse, il faut 100 000 signatures et ils sont huit millions d’habitants. Proportionnellement, ça donnerait 6 500 signatures ici au Luxembourg. A la Chambre, vous avez les 39 députés de la majorité qui décident pour tout le peuple. Ce n’est plus possible, c’est antidémocratique. Je suis contre toute cette médiocrité, et la culture politique doit changer, raison pour laquelle nous voulons un changement de système.

Si le peuple décide d’une loi à une courte majorité, ce serait plus démocratique?

Oui, car l’échantillon est plus grand. On parle de démocratie intégrale, c’est donc le peuple tout entier qui décide, tous les résidents, pas seulement les nationaux, car il est inconcevable que des gens qui paient leurs impôts dans ce pays ne puissent pas voter. Le nouveau mot qui va sorti, c’est «intégral»! On ne laissera tomber personne.

Avec un tel système, ne risque-t-on pas de freiner les décisions politiques?

Je préfère que l’on discute six mois de plus, car, de toute façon, un projet met souvent quatre ou cinq ans avant d’être adopté.

Comment voyez-vous le rôle du député?

Il aurait le rôle d’écouter le peuple pour savoir où le bât blesse, car il ne connaît pas l’opinion du peuple, il ne peut pas tout savoir. Ensuite, il doit réfléchir à la meilleure loi à proposer.

Que faites-vous de la politique européenne qui guide la plupart des politiques nationales?

Ce gouvernement central est catastrophique! Ce sont des technocrates, même pas élus, qui prennent des décisions pour tous les autres. La politique européenne est allée beaucoup trop vite. On a d’abord essayé de sauver les banques, mais pas le peuple! Il faut d’abord résoudre les problèmes sociaux et ensuite passer au reste. Aujourd’hui, on traite les symptômes, une fois de plus…

Le peuple s’intéresse-t-il assez à la politique?

Non, parce qu’il a donné son pouvoir de décision aux députés et c’est cela qui est triste. Dans notre Chambre des députés, nous avons beaucoup de juristes, mais nous n’avons même pas une femme de charge ou un ouvrier. Comment voulez-vous qu’ils défendent leurs intérêts ces gens-là? Le peuple n’est pas aussi bien représenté que dans l’ancienne Grèce où les décideurs étaient tirés au sort. C’est le peuple qui décidait de partir en guerre ou non. Le député doit être en position d’infériorité par rapport au peuple et pas en position de force.

Le Parlement doit-il, selon vous, représenter toutes les catégories socioprofessionnelles?

Oui, ce serait l’idéal. C’est la raison pour laquelle nous avons essayé d’avoir sur nos listes des femmes au foyer, des ouvriers et toutes les autres formations possibles. Mais nous n’avons pas de juristes.

Que deviennent les partis politiques dans tout ça?

C’est la fin pour eux. Ils n’auront pas d’avenir. J’aimerais qu’il y ait 60 personnes à la Chambre des député qui ne soient pas dépendantes d’un parti et qu’une circonscription unique soit établie. Ce serait une démocratie plus viable et nous élirions ceux qui nous paraissent les plus capables. J’ai dû moi-même créer un parti pour rentrer dans le système, mais ce système est pourri et ce n’est pas ce que je veux. Un jour, ça va claquer.

Avez-vous déjà travaillé sur votre programme?

J’ai commence à travailler sur le programme, mais I’élaboration des listes m’a pris beaucoup de temps.

Quelles idées avez-vous pour relancer l’économie dans le pays?

D’abord, la politique doit être neutre et non pas à la merci d’un lobby quel qu’il soit. Un ministre n’a rien à faire dans le conseil d’administration d’une entreprise. La relance économique, ensuite, ne pourra se faire que régionalement. Ce sont les petites entreprises, les artisans qui créent les emplois si on leur donne la possibilité de se développer régionalement. Il faut que toutes les personnes soient disponibles et surtout les banques. Si je veux créer mon entreprise, je dois disposer de 30% de capital propre et si je ne les ai pas, les banques ne m’aident pas. Ce n’est plus possible! Les banques doivent davantage aider les petites entreprises, car ce n’est pas les idées qui manquent et les entreprises peuvent se développer régionalement, comme cela se passe à Beckerich où Camille Gira a fait du bon travail en créant le Beki, la monnaie locale.

Comment résoudre le chômage?

Le chômage frappe toute l’Europe à cause des politiques d’austérité qui sont anormales, car les politiques ne savent pas résoudre les problèmes sociaux. S’il y a du chômage au Portugal, les familles portugaises vivant au Luxembourg – et elles sont nombreuses – font venir les Portugais ici et ils viennent gonfler les chiffres du chômage chez nous. Ils ne sont pas qualifiés et essayent de travailler dans le secteur du bâtiment avant de s’inscrire à l’Agence pour le développement de l’emploi. L’État lui-même crée du chômage avec les petites et moyennes entreprises! Il multiplie les problèmes administratifs et créer une entreprise peut prendre jusqu’à huit ans. En attendant, ces entreprises ne peuvent pas créer d’emplois. Ensuite, les entreprises paient des avances d’impôts et de TVA et des sommes assez importantes. Lorsqu’il y a le décompte, l’État se montre mauvais payeur et tarde à payer.

Le pays souffre aussi d’un déficit de personnes qualifiées…

Nous n’avons pas de concept dans l’éducation. Il faut des programmes quinquennaux qui forment les élèves selon les besoins de l’économie et non pas laisser les élèves mener des études qui ne mèneront pas un emploi. Si nous manquons de professeurs de biologie, de mathématiques, de personnels spécialisés dans l’innovation et la recherche, il faut prendre cette direction-là au lieu d’aller chercher ces personnels dans d’autres pays.

Repères

Etat civil. Jean Colomera est né le 2 févrierl 1954, à Esch-sur-Alzette.

Député. Il a été élu député en 1999 pour la première fois et en 2009 pour la seconde, siégeant avec I’ADR. Depuis son départ du parti, il siège en tant que député indépendant.

Conseiller communal. Il a occupé cette fonction à Vichten de 2005 à 2011. Médecin. Jean Colombera est généraliste et homéopathe. Ses prescriptions de cannabis lui ont valu des déboires avec la justice.

Rupture. Il s’est exclu lui-même du parti ADR étant en désaccord avec les positions de son président de l’époque, Fernand Kartheiser, et a créé son propre parti, le PID.

(Source: Le Quotidien, 26/08/2013)

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