//
du liest...
Interview, Parteipolitik

Jean Schoos (ADR): «L’intégration passe par la langue luxembourgeoise»

Jean SchoosÉlu à la tête du partialternatif et réformateur, ADR, en mars dernier, Jean Schoos ne pensait pas être si tôtengagé dans une élection anticipée. Mais maintenant qu’il y est, il livre les raisons de son ralliement à la cause de l’ADR, explique que les Luxembourgeois ont besoin d’une patrie, et que son parti s’oppose au vote des étrangers dans la mesure où ils peuvent, plus facilement qu’ailleurs, épouser la nationalité luxembourgeoise. Un entretien avec Geneviève Montaigu pour Le Quotidien.

Quel a été le déclic qui vous a poussé à adhérer à l’ADR?

Le déclic s’est produit au moment du vote de la loi relative à l’euthanasie. Ce n’est pas la loi qui m’a choqué mais l’attitude du Grand-Duc qui a utilisé son droit de veto, vieux de cent ans. À ce moment-là, nous avons eu un changement dans la Constitution, avec lequel je suis parfaitement d’accord mais qui a offert à la Chambre des députés les moyens de fonctionner sans garde-fou. Je m’explique : si la Chambre obtient la majorité des deux tiers, elle peut changer la Constitution et il n’y a plus aucune possibilité de contrôler ce changement. À la limite, on pourrait nommer un Premier ministre à vie sans que personne ne puisse intervenir car vous savez que seule une juridiction peut saisir la Cour constitutionnelle, mais pas le commun des mortels. Nous militons, à l’ADR, pour rétablir un garde-fou.

Concernant la réforme de la Constitution, l’ADR est toujours opposé au droit de vote des non-luxembourgeois pour les élections législatives. Estimez-vous que le déficit démocratique n’existe pas au Luxembourg?

La majorité des partis politiques veulent étendre le droit de vote, pas nous. Nous estimons que le droit de vote doit rester attaché à la nationalité luxembourgeoise et il n’y a pas de déficit démocratique. Si vous voulez participer aux élections communales et européennes, vous pouvez déjà le faire. Mais si vous voulez vous intégrer démocratiquement, il vous suffit de rester cinq ans dans le pays, de suivre un cours d’éducation civique et de passer un examen de langue, qui n’est pas très difficile, et vous pouvez acquérir la nationalité luxembourgeoise.

Vous avez d’ailleurs des listes de candidats qui affichent le plus de Luxembourgeois d’origine étrangère…

Oui, justement, ils ont suivi ce chemin vers la double nationalité et n’ont pas éprouvé de problème pour le parcourir. J’ai vécu longtemps en Allemagne et en France et je sais ce que cela signifie d’être étranger dans un pays européen, et j’étais intégré partout. J’ai participé aux activités sociales et culturelles, j’ai fait du bénévolat également. La seule différence c’est que je n’allais pas voter mais cela ne m’a jamais gêné. En Allemagne, aucun parti ne demande un droit de vote pour les non-Allemands. Je dois souligner que le Luxembourg est le pays européen qui propose le plus facilement la double nationalité, donc nous, ADR, ne voyons pas du tout ce que pourrait apporter le droit de vote des étrangers en termes d’intégration. On peut très bien être intégré sans devoir voter. Et si on accorde ce droit de vote aux étrangers, sera-t-il obligatoire ou volontaire? Quand on voit le maigre succès des inscriptions des étrangers pour les élections communales, cela fait réfléchir. Et j’ajoute encore que l’on ne peut pas participer à la vie politique si on ne parle pas la langue du pays, donc le luxembourgeois, car les débats à la Chambre des députés se tiennent en luxembourgeois.

Il n’y a pas que les politiques qui sont favorables à ce droit de vote des étrangers, mais également la société civile à travers des initiatives comme 2030.lu, ou 5 vir 12, qu’en pensez-vous?

Je pense qu’il y a une certaine idée de lobbyisme derrière tout cela. On sait très bien qu’ici au Luxembourg, les fonctionnaires et employés de l’État représentent le plus grand groupe d’électeurs. Certaines personnes pensent qu’en leur opposant un autre groupe, cette majorité pourrait être brisée, et on utilise alors les étrangers. Donc on utiliserait un groupe contre un autre et à mon avis, au lieu d’avoir une intégration, on aura plutôt une division du pays entre les Luxembourgeois de souche, et les étrangers qui voudraient bien s’intégrer mais qui auront tout le mal du monde à le faire, car je crains que cela n’amène que des conflits entre différents groupes lobbyistes.

L’intégration est-elle possible sans parler la langue luxembourgeoise?

Non, je pense que l’intégration n’est possible que par la langue, et je suis d’avis de renforcer encore les possibilités de donner des cours de luxembourgeois avec plus de temps libre pris sur le temps de travail. Il y quand même encore plus de la moitié de la population, et parmi eux de nombreux immigrés, qui parlent le luxembourgeois, c’est bien la preuve qu’il est possible d’apprendre la langue. C’est aussi la faute des Luxembourgeois qui s’expriment dans d’autres langues, car si demain ils décidaient de ne parler plus qu’en luxembourgeois, les autres seraient bien obligés d’apprendre la langue.

Quelle image veut se donner l’ADR, et à votre avis, comment êtes-vous perçu?

Il y a toujours une certaine presse qui nous catalogue à droite et même à l’extrême droite. Mais je pense que moi-même, je représente une nouvelle génération de ce parti. On veut être une vraie alternative démocratique, des réformateurs, on veut un pays où tout le monde puisse y vivre et retrouver une patrie, et c’est ça qui est important. On veut que nos enfants, dans 10 ou 20 ans, aient encore cette patrie dans laquelle ils puissent revenir. J’ai deux enfants qui étudient à l’étranger mais ils hésitent à revenir parce qu’ils trouvent que les conditions sociales, tout comme ce fonctionnariat lié à un parti politique enraciné depuis des décennies, ne les tentent pas, d’autant qu’ils voient comment ça se passe à l’étranger, avec une autre ouverture d’esprit. Ailleurs, le même parti ne reste jamais en place en permanence et c’est précisément l’alternance qui apporte l’intérêt. Nous sommes une alternative car sur certains points de notre programme, on peut être situé très à gauche et en même temps, vu notre position sur le droit de vote des étrangers, on peut être considéré très à droite. L’ADR est un parti que je définirais comme centriste.

Pensez-vous que le système scolaire actuel empêche de former des personnels très qualifiés?

Je pense qu’au niveau de l’éducation nationale, il faudrait faire quelque chose, car avec le modèle actuel, on va droit dans le mur, comme le confirme le chômage des jeunes. On doit aller chercher ailleurs les personnels qualifiés alors que nous avons 17 000 chômeurs. Notre système scolaire a fait son temps et ne fonctionne plus, il doit être adapté à notre nouvelle réalité. Je suis favorable à un enseignement avec le choix de la langue, mais à condition de conserver des compétences dans les deux langues que sont l’allemand et le français. Je pense que l’on peut suivre tout son cursus dans une même langue, l’allemand ou le français, et ne pas mélanger les matières et les langues, et garder l’enseignement d’une seconde langue. C’est tout à fait faisable. Au moment de passer son bac, l’élève aura une compétence dans deux langues sans être désavantagé dans l’une ou l’autre matière. Nous avons aujourd’hui un manque de professeurs de biologie, parce que cette matière est enseignée en français et si l’élève n’est pas doué pour cette langue, les sciences naturelles, c’est déjà trop compliqué pour lui. Pour l’ADR, il est clair qu’il faut mettre la priorité sur une langue pour laquelle l’élève a le plus d’affinités, et l’enseignement d’une seconde. Mais le français et l’allemand sont importants.

Vous n’avez pas encore présenté de programme mais que pouvez-vous déjà nous dire sur le chapitre de la relance économique?

La croissance à tout prix est impossible. Si l’on développe un centre de logistique, ce sera forcément au détriment d’un de nos pays voisins car si ce centre est au Luxembourg, il ne sera pas à Metz, par exemple. On le pique aux autres. Je souhaiterais un Luxembourg qui soit autosuffisant au niveau économique même si je sais que ce ne sera pas possible parce que le pays est trop petit. Mais un pays comme la Suisse y parvient, sans pour autant dire que c’est un exemple à suivre. Je ne vois pas comment relancer l’industrie dans un pays qui n’a plus de ressources naturelles, ce qui nous oblige à importer notre énergie, c’est très difficile. La piste de la logistique ou de l’informatique c’est bien, mais cela ne va pas nous ramener beaucoup d’emplois. Il faut plutôt développer l’artisanat dans des PME, comme les Suisses avec le secteur de l’horlogerie. Ils étaient au bord de la faillite au XIXe siècle et ils ont prouvé qu’avec très peu de ressources, ils pouvaient créer une plus-value économique. Nous aussi, il faut que l’on trouve une plus-value.

N’est-ce pas déjà le cas avec le secteur de la recherche qui bénéficie de toute l’attention du gouvernement?

Oui, mais il nous faut une spécialisation dans certains domaines et je reviens sur l’éducation, il faut des habitants luxembourgeois qui soient bien formés. La ressource humaine et intellectuelle, c’est la seule chose que nous ayons et il faut qu’elle puisse développer une économie sans que l’on aille chercher des gens à l’extérieur. Nous avons donc besoin d’une économie qui n’a pas besoin d’aller chercher ses matières premières à l’étranger. Il nous faut un méga think tank dont toute l’Europe pourrait profiter. Mais il est urgent de résoudre d’abord notre problème au niveau de l’éducation, car ce laboratoire d’idées ne doit pas non plus être peuplé uniquement de personnels venus de l’étranger. Notre programme de relance économique va dans ce sens-là, car ce n’est pas un centre de logistique qui va nous sauver. Un nouveau centre informatique va employer 20 spécialistes, dont 19 venus de l’étranger, car les spécialistes luxembourgeois vont s’empresser de trouver une place auprès de l’État. Nous ne voulons pas nous trouver dans l’obligation d’avoir 700 000 habitants dans 20 ans pour pouvoir garder notre économie générale en marche. Il y a un moment où les arbres arrêtent aussi de croître car il y a un équilibre. Le pays doit retrouver un équilibre entre économie, croissance et pouvoir d’achat. Il faut agir en bon père de famille et ne pas acheter un avion de chasse parce que tous les autres pays en ont un! Il faut arrêter ça. C’était possible dans les années 90 quand on vivait dans l’euphorie d’une croissance exponentielle.

(Source: lequotidien.lu)

Diskussionen

Es gibt noch keine Kommentare.

Hinterlasse eine Antwort

Trage deine Daten unten ein oder klicke ein Icon um dich einzuloggen:

WordPress.com-Logo

Du kommentierst mit Deinem WordPress.com-Konto. Abmelden / Ändern )

Twitter-Bild

Du kommentierst mit Deinem Twitter-Konto. Abmelden / Ändern )

Facebook-Foto

Du kommentierst mit Deinem Facebook-Konto. Abmelden / Ändern )

Google+ Foto

Du kommentierst mit Deinem Google+-Konto. Abmelden / Ändern )

Verbinde mit %s

Unsere Facebook-Seite

%d Bloggern gefällt das: